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 Sujet du message: Fils des Ténèbres
MessagePublié: Jeu 24 Avr 2008, 17:14 
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Plus personne n'y croyait...et à vrai dire, moi non plus. J'avais pratiquement laissé tomber l'idée de continuer cette histoire un jour. Pourtant, de fils en aiguille, en retravaillant par hasard certains aspects du texte, en rajoutant des lignes, en en supprimant d'autres tout en gardant en tête tous les conseils/encouragements/reproches laissés sur le sujet de l'ancien forum, une nouvelle version de Fils des Ténèbres a vu le jour. Et cette version-là, j'ai bien l'intention d'en voir un jour le bout.
J'espère seulement que ceux qui connaissent déjà l'histoire aimeront cette nouvelle mouture. Et que ceux qui la découvrent l'apprécieront aussi.

Fils des ténèbres


Chapitre 1 : Le second fils de la Maison Rilynt’tar

Dans les couloirs du complexe de la Maison Rilynt’tar, la vingtième de la ville souterraine de Menzoberranzan, des prêtresses elfes noires s’agitaient, donnant une multitude d’ordre aux esclaves gobelins qui traînaient par-ci par-là, leur promettant milles et une tortures toutes plus exquises les unes que les autres si quelque chose ou quelqu’un venait déranger l’événement qui se préparait. Aujourd’hui était un grand jour : Matrone Erelda allait bientôt mettre au monde son sixième enfant ! Unique ombre au tableau : le nouveau-né serait un pitoyable mâle, alors que les prêtresses avaient passé de nombreuses heures à supplier Lolth, la terrible Reine Araignée, de leur donner une nouvelle fille. A coup sûr, elles auraient dû sacrifier plus de mâles mais Tathlyn, l’époux actuel d’Erelda, avait convaincu la Matrone non sans mal que la venue au monde du bambin n’était pas une raison pour arracher le cœur de la moitié des quelques cinq cents soldats qui composaient les troupes armées du clan. De plus, de l’avis du mâle, une autre fille aurait surtout causé des problèmes : les quatre filles de la Mère Matrone avait déjà assez à faire à se surveiller les unes et les autres sans qu’une nouvelle venue entre dans le jeu et vienne fausser la donne. Elles se suffisaient amplement.

Dans la chapelle plongée dans l’obscurité la plus totale, la vénérable Matrone Erelda vivait les dernières heures de sa grossesse. A ses côtés se trouvaient ses filles, occupées à calmer la douleur causée par l’enfantement : Jyslin, Talabrina, Rauva et Olorae, l’aînée.
En dépit des hurlements de douleurs de leur mère, elles ne s’inquiétaient pas outre mesure : à cinq cent trente ans, c’était la sixième fois qu’Erelda mettait au monde un enfant. Les deux premières fois, elle avait eu des filles, puis elle avait ensuite donné le monde à un garçon, avant d’accoucher de deux nouvelles filles. Après, elle n’avait plus espéré retomber enceinte. Cet enfant-là était une heureuse surprise.
Erelda était très belle, même selon les standards Drow. Petite et mince, elle cachait pourtant une force bien réelle et il ne fallait en aucun cas la sous-estimer. Olorae, Rauva, Talabrina et Jyslin étaient à l’image de leur mère : des beautés fatales.
- Quand l’enfant doit-il naître ? demanda Talabrina à Olorae.
Sa soeur ne lui accorda même pas un regard, trop occupée à soulager sa mère des douleurs dues aux contractions.
- Le travail touche bientôt à sa fin.
- Combien ? voulu savoir la jeune Drow en essuyant son front luisant de sueur.
- Une heure maximum, diagnostiqua Rauva, la plus jeune du lot, qui venait juste d’être nommer prêtresse de Lolth. Peut-être même moins.
- Ce sera un garçon, grommela Jyslin sans cacher sa déception. J’espérais tellement que ce serait une fille : une nouvelle prêtresse aurait bien été plus utile à notre Maison qu’un nouveau mage.
Olorae foudroya ses sœurs du regard.
- Qui a dit que ce serait un mage ? Le second fils sera un guerrier, assura-t-elle.
Talabrina ne cacha pas son scepticisme :
- Comment peux-tu en être sûre ? s’enquit-elle d’un ton dégoulinant de sarcasmes. Serais-tu donc prophétesse, ô grande Olorae ?
Jyslin et Rauva regardèrent leur sœur sans y croire : c’était la première fois que quelqu’un osait ainsi répondre à la fille aînée, mise à part leur tante Faeryl qui remplissait la fonction de maître d’armes.
- Certes pas, admit cette dernière, mais je connais assez notre frère Rizzen pour savoir qu’il ne tolérera jamais que l’enfant puisse être aussi son concurrent dans le domaine de la magie. Et puis, Faeryl a toujours dit que si un autre mâle naissait de son vivant, elle le formerait pour en faire son successeur au poste de maître d’armes. Le second fils sera un guerrier, répéta-t-elle avec un sourire triomphant.
Les autres filles ne trouvèrent rien à redire à la logique de leur sœur. Aussi retournèrent-elle à leur travail dans le silence le plus complet, que venaient seulement briser les gémissements et les cris de douleur de la Matrone.
Soudain, Erelda poussa un cri plus perçant que les autres. Aussitôt, les sœurs se groupèrent autour de leur mère pour l’aider à mettre leur nouveau frère au monde.

Ses yeux rouge sombre fixés sur ses quatre sœurs, le bébé se mit à vagir, ses petits poings serrés.
Olorae, qui l’avait accueillit dans ses mains, le nettoya et le déposa dans les bras tendus de leur mère. Erelda examina le nouveau-né.
L’enfant était en bonne santé et très vigoureux. Une bonne chose. Plus tard, la Matrone passerait de longues heures à prier Lolth pour la remercier de lui avoir donné un aussi beau bébé.
Penchées par-dessus l’épaule maternelle, les trois autres filles scrutaient elles aussi leur petit frère.
- C’est bien un mâle, lâcha Talabrina, méprisante, comme le bébé continuait à hurler à pleins poumons. Quel nom lui as-tu choisi, Mère Matrone ?
- Il s’appellera Lesaonar. C’était le nom d’un des meilleurs guerriers à avoir vécu à Menzoberranzan.
- Lesaonar Rilynt’tar ? répéta Rauva. Ca sonne bien. Et toi, qu’en penses-tu, petit être ? demanda-t-elle à l’enfant qui avait finalement arrêté de pleurer.
Un gazouillement ravi lui répondit.
- Merveilleux, il est d’accord, maugréa Jyslin.
Excédée, sa sœur lui flanqua une tape sur l’arrière du crâne. Jyslin voulu riposter mais leur mère se racla bruyamment la gorge comme pour leur indiquer de se calmer.
Lorsqu’elle fut certaine que ses deux filles avaient cessé leurs gamineries – indignes de la part de deux prêtresses de Lolth – Erelda se tourna vers Rauva :
- Il faut appeler les mâles, afin qu’ils fassent la connaissance du deuxième fils ! Vas les faire chercher ! ordonna-t-elle.
- Oui, Mère Matrone.
La jeune Drow se précipita vers la porte et tira énergiquement sur une cordelette reliée à une cloche. Dès la première sonnerie, un esclave gobelin se présenta, désireux de plaire à l’une de ses maîtresses.
- Vas chercher tes maîtres, mon cher Goubiouch, demanda-t-elle d’une voix doucereuse. Dis-leur que Matrone Erelda requiert leur présence dans la grande chapelle. Et ne reviens pas sans eux, à moins de vouloir goûter à nouveau à mon fouet !
Le gobelin fila sans demander son reste.
Satisfaite, Rauva rejoignit sa mère et ses sœurs. Elle ne doutait pas que Goubiouch remplirait scrupuleusement sa mission.

Moins de dix minutes plus tard, quelqu’un frappa à la porte de la grande chapelle. Celle-ci s’ouvrit sans un bruit, laissant apparaître les trois mâles de la Maison : Tathlyn, l’époux actuel de la Matrone, Chaszmyr, le magicien en chef et Rizzen, le premier fils.
Ils s’avancèrent et s’inclinèrent respectueusement devant la Matrone.
- Où est Goubiouch ? s’enquit Rauva, notant l’absence du gobelin.
- Il est mort, répondit simplement Chaszmyr.
La jeune drow ne s’y trompa pas et poussa un soupir : Chaszmyr était connu pour sa cruauté et son aptitude au mal. A coup sûr, la faute du gobelin avait été des plus mineurs, et une vingtaine de coups de fouet auraient été une punition largement suffisante. Mais ç’aurait été mal connaître le sorcier, dont les connaissances en matières de mises à mort aurait fait pâlir d’envie plus d’une Mère Matrone.
Car Chaszmyr avait derrière lui plus de huit siècles de pratique.
Son apparence ne laissait en rien supposer son véritable âge. Grâce à sa puissante magie, il gardait l’apparence d’un elfe jeune et vigoureux ; sa peau couleur ébène conservait toute sa douceur satinée et ses doigts effilés gardaient leur souplesse. Mais ses véritables armes était l’intelligence et la perspicacité qui lui avait permis de devenir l’un des grands maîtres de Sorcere et l’un des plus inestimables atouts de la Maison Rilynt’tar.
- Et quand est-il du cadavre ? demanda Erelda, qui était toujours aussi impressionnée – et enchantée – par la cruauté du mage.
Il était son amant à l’occasion et il lui avait déjà donné trois enfants : Olorae, Talabrina et Rizzen, qui avait hérité des pouvoirs magiques et du caractère de Chaszmyr.
- Il reste un peu de cendres devant le pas de ma porte, mais je dirais aux esclaves d’aller nettoyer tout ça, répondit le magicien en se fendant d’une courbette.
A côté de lui, Tathlyn se dandinait nerveusement d’un pied sur l’autre ; il se sentait toujours ridicule en présence du sorcier, dont la beauté et la puissance l’éclipsait systématiquement.
- Tout va bien, Matrone ? demanda-t-il humblement.
Si Erelda venait à mourir, Olorae prendrait la tête du clan. Tathlyn avait donc tout intérêt à ce que l’actuelle Matrone reste en vie et en bonne santé.
- Oui, mais pas grâce à toi ! hurla Matrone Erelda. Et cesse de me regarder avec cet air inquiet, il te fait sembler encore plus pitoyable que d’habitude !
Le mâle baissa précipitamment la tête et bégaya une excuse. A côté de lui, Chaszmyr et Rizzen se mirent à ricaner sous cape mais se turent lorsque Erelda se redressa sur sa couche et leur présenta à tout trois le nouveau-né, dont les petites pupilles allaient et venaient, curieuses de tout.
- Voici Lesaonar, second fils de la Maison Rilynt’tar, annonça-t-elle avec un air de profonde satisfaction.
Chaszmyr et Tathlyn furent enchantés de constater que le bébé était robuste et vigoureux ; Rizzen fronça les sourcils, désapprobateur : lui n’avait jamais souhaité un nouveau mâle dans la famille, synonyme de rival. A partir de maintenant, il serait obligé de constamment surveiller ses avants et ses arrières.
La Matrone se tourna vers Rauva.
- Le bébé est tien, prépare-le, ordonna-t-elle.
- Mais…je…je suis une grande prêtresse, bafouilla la jeune femme. Cette tache est indigne de moi !
- Certes, mais tu es la plus jeune de mes filles, lui rappela sa mère en plissant dangereusement les yeux. Et contrairement à tes sœurs, tu ne fais pas partie des prêtresses-maîtresses d’Arach-Tinilith.
« L’enfant est tien, répéta-t-elle. Ne me déçois pas ! Considère ceci comme un complément à ta formation de prêtresse.
Rauva soupira mais garda ses pensées pour elle. Il lui faudrait au moins dix ans pour préparer Lesaonar à devenir un page de la maison Rilynt’tar. Mais mieux valait cela que s’attirer les foudres de Matrone Erelda.

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Dernière édition par Faeryl le Ven 25 Avr 2008, 18:46, édité 1 fois au total.

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 Sujet du message: Re: Fils des Ténèbres
MessagePublié: Ven 25 Avr 2008, 18:41 
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Chapitre 2 : Frère et sœur

Durant cinq ans, Rauva se consacra entièrement à Lesaonar, satisfaisant de son mieux à ses besoins et jouant auprès de lui le rôle d’une mère. Avec une patience qu’elle ne pensait même pas avoir, elle enseigna à l’enfant les principes qui permettaient aux drows de survivre dans une société à l’essence des plus chaotiques.
Rauva passa de longs moments à lui répéter qu’il était inférieur aux femelles, plus grandes et plus puissantes. Elle lui parla aussi des darthiirs, leurs ignobles cousins de la surface, qui les avaient repoussés au plus profond de l’Ombre-Terre.
Lorsqu’il fut en âge d’obéir, elle lui apprit le langage silencieux, basé sur des mouvements gestuels, faciaux et corporels complexes qui le rendaient aussi précis que le langage parlé.
Et histoire de lui faire sentir son autorité, elle lui faisait aussi nettoyer quotidiennement la chapelle de fond en comble, avec une attention toute particulière pour les statues représentant de superbes drows nues qui la décoraient.
Lorsqu’il fut plus âgé, Lesaonar se mit à énormément apprécier cette partie de ses corvées.
Ce jour-là, lorsque Rauva pénétra dans la chapelle, elle le trouva en train de polir une statue située à plus de six mètres du sol. Son sort de lévitation s’était dissipé depuis longtemps, mais l’astucieux enfant avait assuré ses appuis sur les hanches bien proportionnées de la statue.
Sa sœur était tentée de le complimenter quant à son travail – force était de constater que la chapelle n’avait jamais été aussi bien entretenue que depuis que Lesaonar y vivait – mais elle se retint : elle ne l’avait encore jamais fait et ne commencerait pas aujourd’hui.
- Descend de là, ordonna-t-elle à son jeune frère.
Aussi agile qu’un singe, le petit descendit de son perchoir. Puis il baissa les yeux en une attitude soumise.
- Que faisais-tu ? demanda Rauva en fronçant ses sourcils sveltes.
- Je nettoyais la statue, grande sœur.
- Tu as passé beaucoup de temps dessus, remarqua-t-elle. Pourquoi ?
- Parce que je voulais faire un travail consciencieux. Pour que Lolth et toi soyez satisfaites.
Rauva jeta un coup d’œil à la statue et en resta médusée : le passage répété du chiffon sur l’un des seins de pierre conjugué à l’enthousiasme du petit garçon l’avait usé petit à petit et la poitrine avait fini par devenir asymétrique. La prêtresse se tourna à nouveau vers Lesaonar. Il affichait un air ingénu, presque angélique. Elle poussa un soupir. Quoi qu’il ait fait, c’était sans mauvaises intentions.
- Continue à polir les statues, lui ordonna-t-elle, mais fais-le les yeux fermés afin qu’aucune pensées impures ne te viennent encore à l’esprit. Tes doigts sentiront bien les endroits ayant besoin d’attention. Je reviens d’ici deux heures, que la chapelle soit impeccable à mon retour !
Le petit Drow se hâta de reprendre son travail, à la grande satisfaction de la prêtresse de Lolth. Mais lorsqu’elle le vit tâtonner la généreuse poitrine de la statue à la recherche des endroits à polir, elle se demanda si son idée était aussi formidable que ça. On récolte ce que l’on sème, assurait Faeryl avec son sourire caustique caractéristique. Elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même.

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 Sujet du message: Re: Fils des Ténèbres
MessagePublié: Ven 25 Avr 2008, 18:42 
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Chapitre 3 : Le maître d’armes

- Malla Lesaonar, Matrone Erelda vous demande de la rejoindre dans la salle du trône.
Lesaonar regarda le serviteur s’éloigner avec stupeur : en seize ans, c’était la première fois qu’on lui témoignait un tant soit peu de respect. Il eu le sentiment que quelque chose avait irrémédiablement changé et se hâta de répondre à la convocation de sa mère.
Il la trouva assise sur son trône, dans l’antichambre plongée comme toujours dans les ténèbres. Mais contrairement à ce qu’il pensait, elle était seule.
- Tu m’as fait mandé, Mère Matrone ? demanda Lesaonar en gardant les yeux baissés.
- En effet. Sais-tu quel jour nous sommes ?
L’adolescent fit un effort désespéré pour se rappeler d’un quelconque détail qui le sauverait du fouet. Il dû finalement avouer son ignorance. Mais cela ne provoqua pas la colère de sa mère.
- Tu as aujourd’hui seize ans, mon fils. Ton service en tant que page se finit dès maintenant et il est temps pour toi de prendre la place qui te revient de droit au sein de notre famille.
C’était donc cela ! Il quittait enfin son statut d’esclave pour prendre celui de noble drow !
- Je ne te décevrais pas, Mère Matrone, Notre Dame m’en soit témoin ! s’exclama Lesaonar en bombant le torse. Je ne déshonorerais jamais la Maison Rilynt’tar, fût-ce au prix de ma vie !
Erelda eut un léger sourire : l’attitude de son fils lui plaisait. Un brin fanfaronne certes, car il ne s’était pas encore frotté à la dure réalité de Menzoberranzan, mais néanmoins prometteuse.
- Un jour, je mettrais cette belle résolution à l’épreuve. Mais d’ici là, il faudra que tu sois devenu un guerrier drow. C’est pourquoi j’ai décidé de te confier à ta tante ; elle t’enseignera le maniement des armes et les bases du combat jusqu’à ce que tu sois en âge d’entrer à Mêlée-Magthere.
Le jeune drow sentit son cœur se mettre à battre de plus en plus fort. Il avait déjà observé l’entraînement quotidien des soldats du clan et s’était même parfois amusé à reproduire leurs mouvements, s’imaginant combattre d’innombrables adversaires tous plus dangereux les uns que les autres (avec une préférence marquée pour ses cousins blancs) et remporter toutes les victoires pour la plus grande gloire de sa Maison. Et la perspective d’apprendre à se battre auprès d’une guerrière de la trempe de Faeryl était follement excitante !
- Quand ? demanda-t-il en essayant de cacher son allégresse.
- Demain matin aux premières lueurs de Narbondel. Un esclave viendra te réveiller. Maintenant files, j’ai encore du travail.
Lesaonar s’inclina respectueusement et sortit de la salle, impatient à l’idée d’apprendre à manier les armes.
A peine eut-il refermé la gigantesque porte derrière lui qu’une drow sortit des ombres pour rejoindre la Matrone.
- Alors, qu’en penses-tu, chère sœur ? demanda Erelda en se tournant vers sa visiteuse impromptue
- Il a le potentiel physique pour devenir un guerrier. Reste à voir s’il en aura le mental.
La Matrone prit un air chafouin qui fit lever un sourcil intrigué à Faeryl.
- Tu as quelque chose en tête, conclut-elle. Pour la plus grande gloire de Lolth et de notre Maison.
- En effet.
- Oserais-je te demander quels sont tes plans ?
- As-tu entendu parler des petits tracas de la Maison Arabani ?
Le maître d’armes acquiesça avec un sourire cruel. Selon ses sources, parmi lesquelles figurait un certain mercenaire, la quatorzième Maison avait perdu les faveurs de la Déesse Araignée après son implication dans un complot visant à renverser une Maison supérieur. Le complot avait été éventé, mais la punition de la Reine de la Fosse avait été immédiate ; Arabani était tombé en disgrâce.
- Sans le soutien de notre Reine, ce clan est insignifiant ! s’exclama Erelda en se levant de son trône pour esquisser quelque pas de danse. Nous les exterminerons avant même qu’ils n’aient compris ce qu’il leur arrivera. Et nous deviendrons la dix-neuvième Maison !
- Un bon plan, mais…
Erelda planta son regard dans celui de sa sœur, lui signifiant de s’expliquer avant qu’elle ne perdre patience.
- …mais, continua Faeryl, Arabani est alliée au cinquième clan, je te le rappelle. S’attaquer à eux revient à agresser Faen Tlabbar, et ceux-là sont bien plus puissants que nous. Tu es sûre de vouloir agir à découvert ?
L’enthousiasme de la Matrone en fut instantanément douché. Elle retourna s’asseoir sur son trône, l’air sombre.
- Que pouvons-nous faire, dans ce cas ? grogna-t-elle. Je veux la chute d’Arabani, mais pas au prix de la destruction de Rilynt’tar !
- C’est toi la matrone alors c’est à toi de trouver, lui rappela sa cadette. Mais personnellement, j’attendrais que ton dernier fils soit capable de prendre les armes avant d’attaquer au grand jour. D’ici-là….rien de t’empêche de les miner à petit feu, du moment qu’ils ignorent d’où ça vient.
Erelda réalisa les possibilités qui s’ouvraient à elle. Et elles étaient nombreuses ! Car sa sœur avait raison : la chose la plus grave à Menzoberranzan, ce n’était pas tant de comploter ou de tuer, mais bel et bien de se faire prendre.
- Ma chère sœur, déclara la matrone avait un sourire à faire froid dans le dos, tes conseils sont précieux. Notre mère avait raison à ton sujet : tu caches bien plus de talents que tu n’en laisses paraître. Veilles néanmoins à ne pas en montrer trop ! Je doute de te trouver une quelconque utilité si tu venais à perdre « accidentellement » ton autre bras.
La menace fit mouche. Faeryl jeta un regard paniqué à la prothèse mécanique qui lui servait de bras gauche.
- Ne t’inquiètes pas, dalninil…j’ai appris depuis quelle était ma place, et loin de moi l’idée de te défier à nouveau.
Satisfaite, Erelda congédia sa cadette. Puis dès qu’elle fut seule, elle se mit à réfléchir au cadeau empoisonné que recevrait un jour Matrone Nedylene Arabani et qui signerait son arrêt de mort ainsi que la chute de sa Maison.
Qu’importe le temps qu’il faudrait.

Lorsque un gobelin entra dans la chambre de Lesaonar pour le réveiller, le jeune prince était debout depuis longtemps, près à rejoindre sa tante.
Ils s’enfoncèrent dans les profondeurs du complexe, chacun tentant de se rassurer par la présence de l’autre. Après plusieurs tours et détours, ils arrivèrent finalement face à une gigantesque porte en fer gravée de runes magiques.
Le gobelin voulu frapper pour prévenir de leur arrivée ; il fut foudroyé par les glyphes de gardes, sous les yeux d’un Lesaonar stupéfié. Il le fut encore plus lorsque la porte s’ouvrit sans un grincement.
- Entres, lança une voix désincarnée.
Encore secoué, l’adolescent avança comme un automate. Il découvrit un couloir baigné de feux féeriques pourpres au bout duquel se découpait une nouvelle porte. Comme la première, elle s’ouvrit d’elle-même dès qu’il se fut approché.
Une vive lumière emplit le couloir, forçant l’elfe noir à se plaquer les mains sur les yeux pour se protéger de l’aveuglante clarté. Lorsque la douleur se fut légèrement calmée, il écarta les doigts pour observer les environs à sa guise.
La salle où il venait d’arriver était éclairée par plusieurs torches, ce qui était très inhabituel chez les drows. Sous les flammes, les murs nus étaient d’une étrange teinte rougeâtre qui leur donnait un aspect irréel.
- Bienvenu dans mon domaine, Lesaonar. J’ai attendu ce moment avec une grande impatience.
Appuyée contre un mur, Faeryl dardait sur son neveu un regard amusé. Apparemment, elle n’était gênée en rien par la lumière des feux. Et le fait que l’adolescent en souffre lui procurait un certain divertissement.
- C’est douloureux, n’est-ce pas ? (un grognement lui répondit). Ne t’inquiètes pas, tu finiras par t’y habituer. D’ici-là, on se contentera des feux féeriques.
Les torches s’éteignirent les une après les autres, jusqu’à ce que finalement les seules sources lumineuses fussent les feux féeriques qui donnèrent à l’endroit une légère luminosité violette juste suffisante pour permettre à Lesaonar de voir normalement.
- Bon, je suppose qu’il faut que je commence à te materner, lâcha le maître d’armes avec un reniflement dédaigneux. Bien bien bien…dis-moi, sais-tu pourquoi tu es ici ?
- Ma mère m’a dit que…
Un poing ganté s’abattit avec force sur le visage de Lesaonar. Il recula en gémissant, le nez en sang.
- On dit « Matrone Erelda », expliqua sa tante en souriant presque gentiment. Ne l’oublie pas à l’avenir, ou je serais encore obligée de te punir.
- Tu m’as cassé le nez ! protesta le jeune elfe noir.
- Tssss…si j’avais voulu te le casser, j’aurais utilisé…ceci (elle montra d’un petit mouvement de tête la prothèse en métal qui remplaçait son bras gauche). Et crois-moi, tu ne te serais pas relevé avant une bonne heure. Après, si ton nez continue de te faire souffrir, je peux te le couper, si tu veux.
Un petit rire rauque s’échappa de la gorge du jeune prince, qui préféra s’intéresser à la collection d’armes et d’armures accrochée au mur plutôt que de répondre.
Toutes les armes étaient impeccablement entretenues : les lames des épées jetaient des éclairs argentés, les manches des arbalètes reflétaient les feux féeriques et les armures semblaient briller.
Instinctivement, Lesaonar attrapa deux épées longues et constata avec surprise qu’il les avait particulièrement bien en main. Elles étaient légères et parfaitement équilibrées. Il fit quelques moulinets dans le vide, histoire de se mettre à l’aise, puis se tourna vers Faeryl.
- Voila, acquiesça-t-elle, c’est pour ça que tu es là. Pour apprendre à combattre, à ne faire qu’un avec tes armes. Elles seront tes seules amies alors fies-toi à elles. Si tu doutes de tes armes et de tes capacités ne serait-ce qu’un seul instant, tu perdras. Et en Ombre-Terre, l’échec signifie la mort. Pour survivre, il faut être fort, ne jamais douter de soi. Et il n’y a qu’un seul moyen d’être fort. Le connais-tu ?
- Non.
Le mot tomba comme un couperet. Non. Jamais Rauva ne lui avait expliqué comment faire pour être fort. Elle lui avait parlé de Lolth, des principes de la société drow, de son rang de mâle et de ce que l’on attendait de lui. Elle lui avait même parlé des elfes de la surface, qu’il fallait haïr car ils étaient responsables de tous les maux des elfes noirs. Mais jamais elle ne lui avait expliqué comment devenir fort.
- Rauva n’a fait qu’à moitié son travail, soupira le maître d’armes comme si elle lisait ses pensées. Bon, ouvres bien grand tes deux petites oreilles pointues car je ne me répèterais pas. Pour être fort, il faut être capable de haïr. Pas de haine, pas de force. C’est aussi simple que ça.
- Haïr ? répéta le jeune drow en fronçant les sourcils. Les darthiirs, je veux bien, mais…
- Pas que les darthiirs, le coupa-t-elle. Tu dois haïr chaque personne que tu rencontres, mêmes tes sœurs, même ta mère, même moi…ainsi que ton frère, et le reste de la Maison. Tout Menzoberranzan, même ! Derrière chaque personne que tu vois se cache en réalité un ennemi mortel ! Chaque être vivant sur lequel tu poses tes yeux doit servir à entretenir le brasero de haine que tu appelles ton cœur ! Ce ne sera que comme ça que tu deviendras fort !
Lesaonar afficha un air tout sauf convaincu. En dépit du mépris de ses sœurs, du manque d’intérêt flagrant de sa mère et de la méchanceté de son frère, il n’éprouvait envers eux aucune haine. Un peu d’agacement et de rancune peut-être – par exemple, il en voulait toujours à Rizzen de l’avoir frappé et traité de gobelin – mais certainement pas au point d’avoir envie de les tuer. Au pire, il avait juré tout bas de se venger, encore que la vengeance la plus ignoble qu’il eut jamais imaginé consistait à pousser le premier fils dans un tas de crottin de rothe. En aucun cas, il n’aurait voulu blesser physiquement l’un des membres de la Maison. Pour la simple et bonne raison qu’ils étaient sa famille.
- J’avais oublié à quel point on peut être stupide à cet âge-là, soupira le maître d’armes quand il lui eut expliqué le fond de sa pensée. Une famille ? Ha ! La belle affaire ! La famille est une illusion, mon garçon. Peut-être que dans le détestable monde de la surface, ce mot a une quelconque signification. Ici, il n’en est rien. Tout au plus, ce ne sont que des traîtres qui te frapperont dans le dos quand tu t’y attendras le moins.
L’expression toujours aussi dubitative de son neveu lui arracha un grognement résigné.
- Il est peut-être encore trop tôt pour cette leçon, admit-elle. Et je suis là pour t’apprendre à te battre, pas pour t’enseigner la vie. Bien, tu as l’air assez à l’aise avec ces épées, du moins quand il s’agit de faire des moulinets. Maintenant, nous devons vérifier si c’est aussi le cas en combat réel. Prêt à prendre ta première leçon, mon neveu ?
Le jeune elfe releva la tête, soulagé.
- Oui ma tante. Je n’ai jamais été aussi prêt de ma vie !
- Très bien. Donc, ce que tu as à savoir en premier…

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 Sujet du message: Re: Fils des Ténèbres
MessagePublié: Ven 25 Avr 2008, 18:44 
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Chapitre 4 : Secret de famille

- Plus vite ! hurla Faeryl en lançant trois dagues d’une seule torsion de poignet.
Son adversaire parvint à en dévier deux avec ses épées, mais la dernière finit sa course dans un repli de son piwafwi. Il l’arracha avec un cri de rage et reparti à l’attaque, ses épées pointées.
D’un mot de pouvoir, le maître d’armes transforma son avant-bras métallique en lame. Elle para avec l’aisance de l’expérience les coups de son élève puis contre-attaqua à une vitesse fulgurante, forçant le jeune drow à reculer précipitamment pour ne pas finir hacher menu.
- Tu n’aurais pas dû tomber dans ce piège, remarqua Faeryl en baissant ses lames. Après trois ans passés ici, tu continues de te faire avoir comme un bleu !
- C’était presque bon, remarqua aigrement Lesaonar.
Il évita de justesse le poing qui fusait vers son visage.
- Pauvre idiot ! Espèce d’imbécile ! Mâle ! Lorsque ton adversaire te plantera son épée dans le corps parce que tu seras tombé encore une fois dans le panneau, tu diras aussi que « c’était presque bon » ?!
- D’accord…d’accord…ce n’était pas bon. Mais tu admettras que j’y étais presque. Et puis, si je vais à l’Académie, c’est bien pour apprendre à combattre, non ? Quel intérêt à y aller si je connais déjà tout ?
Les torches se rallumèrent à la commande de la sœur cadette d’Erelda, arrachant une grimace au guerrier en herbe. Même après deux années passées à s’entraîner à la lumière des flammes, ses yeux continuaient à le brûler.
Si la douleur qui vrillait ses pupilles n’avait en rien changer, ce n’était pas son cas : après trois ans à manier toutes sortes d’armes et à porter une multitude d’armures, son corps avait fini par se muscler. Ce n’était certes pas une montagne de muscles, mais plutôt une musculature fine et déliée comparable à celle des grands félins. Sa chevelure couleur neige lui tombait désormais au milieu du dos, à sa grande fierté, et ses yeux brillaient de l’éclat du prédateur.
Lesaonar était devenu un beau jeune homme et un apprenti guerrier assez compétent selon les standards des elfes noirs. Il maniait ses épées comme un scribe manie la plume, avec finesse et précision, mais cela ne semblait pas satisfaire Faeryl. Encore qu’il aurait été étonné que quelque chose puisse la satisfaire. Sa tante était sans aucun doute la personne la plus aigrie de sa connaissance.
- Tu crois tout connaître ? demanda-t-elle en fronçant les sourcils.
- Peut-être pas tout, rectifia le jeune drow en haussant les épaules, mais je ne me considère pas comme un ignare.
Sa tante le regarda comme si un troisième bras venait subitement de lui pousser au milieu du torse. Poussant un énorme soupir, elle se dirigea vers un pan de mur et murmura quelque chose d’inintelligible ; les pierres se mirent à bouger pour former une gigantesque arche qui donnait sur un escalier s’enfonçant dans les ténèbres.
- Après toi, second fils.
- C’est un piège ? gronda Lesaonar en portant les mains à ses armes.
Faeryl haussa légèrement un sourcil. L’attitude de son neveu l’amusait plus qu’elle ne l’irritait, mais elle avait autre chose à faire que calmer son inquiétude. Tout en chantonnant, elle s’avança vers lui. Et dès qu’elle fut assez près, lui envoya son poing en métal dans l’estomac.
Lesaonar s’effondra dans un gargouillis indigné. La dernière chose qu’il vit avant de sombrer dans le néant fût l’éclat étrange du regard de sa tante.

Une alarme magique retentit, arrachant Chaszmyr à son étude approfondie du fonctionnement du cœur sur sujet vivant – et accessoirement conscient.
- Je reviens, lança-t-il ses apprentis. Veillez à ce que notre « invité » garde ses esprits jusqu’à ce que je sois de retour.
Ledit invité poussa un gémissement à mi-chemin entre l’horreur et le désespoir, auquel le magicien répondit d’un sourire qui aurait pu passer, en d’autre circonstances et venant d’une autre personne, pour chaleureux. Puis il alla s’enfermer dans son étude, une pièce luxueuse remplie de divers objets magiques dont une boule de cristal, au-dessus de laquelle il se pencha.
- Montres-moi qui a l’audace de venir dans mon antre.
La boule se remplit d’une fumée grisâtre qui se dissipa petit à petit, révélant une elfe noire au bras métallique traînant derrière elle un jeune drow inconscient.
- Qu’est-ce que tu cherches à faire, Faeryl ? se demanda le magicien à voix haute. Tu crois que montrer ces choses à Lesaonar changera quelque chose ? Qu’il t’écouteras toi plutôt que sa mère ou ses sœurs ? Que ça te rendra ce que tu as perdu ?
L’image de Faeryl se figea un instant puis se détendit. Avec un air goguenard, elle leva les yeux au ciel et fit un petit signe de main en direction du plafond. Puis la scène disparut, sous le regard atterré de Chaszmyr.
- Un jour, je saurais comment elle fait, se promit-il en tapant du poing sur la table. Elle n’est pas prêtresse et encore moins magicienne, et pourtant à chaque fois elle arrive à brouiller les ondes magiques ! Est-ce possible que ce soit…
Mais un apprenti entra sans prévenir, l’arrachant à ses réflexions.
- Maître, le cobaye est mort ! Nous avons tout tenté pour le garder en vie, mais il était trop faible pour survivre.
Le magicien poussa un soupir déçu, lança un dernier regard envieux à la boule de cristal puis posa une main sur l’épaule de son élève.
- Ce n’est pas grave, j’avais justement besoin d’un cadavre pour mes expériences et cette mort tombe donc à point nommé. Par contre, qui t’a permis d’entrer ici ?
Le drow voulu se dégager, mais son maître fut plus rapide : sortant une minuscule boule de fiente de chauve-souris à la forte odeur de souffre d’une de ses multiples sacoches, il psalmodia à toute vitesse et tendit la main vers l’infortuné elfe noir. Une boule de feu jaillit et s’écrasa contre son torse, brûlant la robe et la chair mise à nue.
Impassible, Chaszmyr regarda son élève être dévoré par un brasier que rien n’aurait pu éteindre. Les flammes montaient de plus en plus, arrachant des hurlements de douleur et d’horreur au malheureux, qui se roulait au sol dans le pathétique espoir d’étouffer le feu. Dans un dernier soubresaut, il tendit la main vers son bourreau, puis la laissa retomber. Le feu continua de consumer le cadavre jusqu’à ce qu’il n’en resta au final qu’un petit tas de cendre, duquel montait une fumée grisâtre.
Quelqu’un toqua à la porte, qui s’ouvrit pour laisser entrer Rizzen. Le premier fils de la Maison Rilynt’tar inspira à plein nez la délicieuse odeur de chair brûlée et sourit d’un air suffisant en voyant le tas de cendres. Mais l’inquiétude prit vite la place de la satisfaction, surtout quand son père se tourna vers lui, une baguette en main.
- Qui t’as permit d’entrer ? rauqua le mage en chef en pointant sa baguette dans sa direction.
- C’est Matrone Erelda qui m’envoie, expliqua précipitamment Rizzen. Elle veut te voir immédiatement. D’après ses dires, c’est très important.
La mention du nom de la terrible Mère Matrone ramena Chaszmyr à de meilleures dispositions. Il rangea sa baguette dans une de ses poches, couvrit sa boule de cristal d’un voile et désigna la porte.
- Allons-y. Mieux vaut être transformé en dridders que de faire attendre la Matrone.
Le père et le fils sortirent de la pièce et prirent un escalier qui les ramena au niveau de Menzoberranzan. Ensembles, ils se rendirent à la Chapelle, où Erelda tournait en rond comme un lion en cage. Lorsqu’ils entrèrent, elle se jeta littéralement sur Chaszmyr.
- Il m’en faut encore ! s’écria-t-elle en l’attrapant par le col. La dernière livraison était loin d’être suffisante, surtout pour ce que je compte en faire ! Fabriques-m’en d’autres !
- C’est impossible, protesta tant bien que mal le magicien. Je ne peux en contrôler qu’un petit nombre à la fois, tu le sais bien. Sans compter ceux qui résistent. En créer d’autre serait trop dangereux. Si je ne devais te donner un exemple de ce que nous risquons, prenons ta sœur et ses capa…
La Matrone poussa un cri de rage retentissant. Elle relâcha son ancien amant – non sans lui avoir écrasé le nez d’une droite bien placée – et se tourna vers son fils.
- Et toi, Rizzen ? Penses-tu aussi que ce serait trop dangereux ?
Le jeune mage se retrouvait face à un terrible dilemme : s’il prenait partie pour son père, Erelda n’hésiterait pas à les tuer tous les deux sur-le-champ. D’un autre côté, s’il soutenait sa mère, Chaszmyr lui réserverait le même sort qu’à son malheureux apprenti. Entre deux morts, mieux valait choisir la moindre…
- Qu’importe le danger, si c’est pour la plus grande gloire de la Maison Rilynt’tar ? finit-il par répondre d’une voix qu’il essayait de rendre confiante.
Le regard furieux que lui envoya le magicien en chef lui sembla bien insignifiant face au hochement de tête appréciateur de la Matrone.
- Merci, mon fils. Tu peux disposer.
Rizzen s’inclina et sortit aussi vite que l’étiquette le lui permettait. Chaszmyr s’apprêtait à l’imiter quand Erelda l’interpella d’une voix dure :
- Je peux savoir où tu vas ?
- Je retourne à mes appartements, si cela ne te fait rien, grogna le magicien. Mettre un peu de glace sur mon visage.
Un froid surnaturel l’envahit soudain, tandis qu’une mélopée s’élevait de nulle part. A la fin de l’incantation, il était totalement paralysé.
- Merci Olorae, lâcha la Matrone en souriant.
Sortant de derrière le trône, la fille aînée fit un grand sourire à son père qui sentit son cœur cesser de battre : pour qu’Olorae ait quitté ne serait-ce q’un temps Arach-Tinilith, il fallait que l’affaire soit vraiment grave. Et quelque chose lui disait que ce n’était vraiment pas bon pour lui.
- Qu’en faisons-nous, Matrone ? demanda Olorae en fixant son paternel d’un air gourmand.
- Je le laisse à tes bons soins, mon enfant. Tâche seulement de le garder en vie jusqu’à l’heure du sacrifice : offrir un cadavre aux vestales de Lolth nous serait défavorable.
Avec une lenteur calculée, la prêtresse s’avança vers le mâle, son fouet à têtes de serpent à la main.
Chaszmyr détourna le regard, désespéré : si sa fille avait hérité de quelque chose de lui, ce devait être son goût pour les tortures, qu’elle maîtrisait à la perfection. Les cris de douleur de ses victimes semblaient encore résonner dans les geôles de Rilynt’tar, terrifiant les esclaves qui y travaillaient. A son tour, il allait faire les frais de ses compétences. Et il ne pourrait même pas hurler.

Une main agrippa Lesaonar par les cheveux et lui mit la tête sous l’eau, arrachant le jeune homme à l’inconscience. Il se débattit jusqu’à ce que son agresseur le lâche et lui fit face, tout en continuant à tousser et à recracher le liquide qu’il avait avalé.
- J’aurais dû y penser avant, soupira Faeryl en essuyant sa main sur son piwafwi.
- C’est toi qui…bon sang, tu as failli me tuer ! J’aurais pu me noyer ! hurla le jeune drow en désignant d’un doigt tremblant la cavité naturelle remplie d’eau dans laquelle il venait de prendre son cours d’apnée.
Le maître d’armes se contenta de hausser les épaules et de ricaner, ce qui ne fit qu’augmenter la colère de son élève. Colère qui retomba d’un coup lorsqu’il se rendit compte qu’il ignorait totalement où ils étaient.
- Bienvenu dans les profondeurs de la Maison Rilynt’tar, endroit charmant s’il en est et totalement inconnu de tous sauf des nobles du clan. Encore heureux, à vrai dire.
- Comment ça ? demanda Lesaonar, de moins en moins rassuré par les gigantesques stalactites et stalagmites qui lui faisait penser aux crocs d’une énorme mâchoire sur le point de se refermer.
- Et bien, je suppose que si Baenre était mise au courant de l’existence de cet endroit, notre Maison serais rasée sur le champ et nous serions tous exécutés sur la place publique pour « outrage au peuple drow et à la Reine Araignée ».
- Pourquoi ? Ce n’est qu’une bête caverne, après tout.
La guerrière se plaqua la main contre le front en poussant un profond soupir. Elle attrapa son neveu par le col et l’entraîna sur un sentier qui serpentait entre les pics de roche.
- Ceci n’est pas une bête caverne, expliqua-t-elle avec la lenteur exagérée d’un adulte s’adressant à un enfant particulièrement peu réceptif. C’est l’atelier de Chaszmyr, son sanctuaire, l’endroit où il laisse libre cours à sa folie.
- Qu’est-ce qu’on fait là alors ?
- Je t’ai demandé si tu croyais tout connaître, et tu m’as répondu que tu ne te voyais pas comme un ignare, lui rappela-t-elle comme si ça expliquait tout.
Le reste du trajet se fit dans le silence le plus complet ; les deux drows se mouvaient avec grâce, leurs capes les rendants invisibles et leurs bottes étouffants le bruit de leurs pas. Seul un grondement se faisait entendre dans le lointain, l’écho de la caverne rendant impossible la localisation exacte de sa source.
Au fil de leur périple, le jeune elfe vit changer de manière flagrante le comportement de son maître. Jusque là, elle avait toujours garder su une attitude nonchalante en toute occasion. A présent, elle affichait une expression tendue, comme si elle craignait quelque chose. Lesaonar s’en sentait encore moins rassuré : il y avait dans cette caverne quelque chose capable de mettre sa tante sur ses gardes, bien qu’elle fut une guerrière confirmée.
Après un quart d’heure de marche, Faeryl lui fit signe de s’arrêter et de garder le silence. Puis elle s’agenouilla et plaqua son oreille contre le sol. Finalement, elle se releva et saisit son épée avant de murmurer quelque chose ; son bras métallique se transforma en lame.
- Prends tes armes et prépares-toi à combattre, ordonna-t-elle à voix basse.
Déterminé, Lesaonar dégaina ses épées. Son appréhension était contrebalancée par une formidable poussée d’adrénaline. Pour la première fois, il allait verser le sang d’une créature et cette pensée l’excitait.
Tout à son exaltation, il ne vit pas une petite créature lancer sa lance dans sa direction en glapissant d’excitation. Lance qui ne le rata que de très peu.
- Qu’est-ce que tu fiches ? lui hurla sa tante tandis que d’un mouvement fluide de son bras-lame, elle décollait la tête de la bestiole du reste de son corps. Ce n’est pas un entraînement, wael ! Ces monstres sont là pour nous tuer !
Le jeune drow secoua la tête pour se remettre les idées en places. Poussant un cri de guerre de sa conception, il se jeta sur les nouveaux ennemis qui arrivaient. Ils étaient nombreux et petits, armés de lances trop grandes pour eux...qu’ils maniaient cependant à la perfection, comme il s’en rendit compte lorsque l’une des armes manqua l’embrocher de peu.
Ce moment de flottement passé, Lesaonar mit en pratique les enseignements du maître d’armes. Reculer, parer, feinter, contre-attaquer, reculer…peu à peu, il entra dans une danse mortelle, ses deux lames dessinant des arabesques dans les airs. D’un geste précis, il coupa une lance et trancha la main qui la tenait, d’un autre il ouvrit la poitrine d’un autre attaquant. Il prenait d’avantage confiance en lui à chaque coup, ressentant une joie sans pareille lorsqu’il faisait mouche.
Les rangs des créatures s’éclaircissaient de plus en plus sous les coups des deux drows, mais les survivants continuaient d’attaquer en couinant. Même quand il n’en resta plus qu’un, il préféra s’empaler de lui-même sur la lame de Faeryl plutôt que de s’enfuir. Avec un grognement frustré, le maître d’armes flanqua un coup de pied bien senti dans le petit corps.
- Maudites vermines ! siffla-t-elle. Ils sont totalement suicidaires, une parfaite chair à lame !
- C’était quoi, ces machins ? finit par demander le jeune guerrier en examinant un cadavre de plus près. Ils sont vraiment horribles, ajouta-t-il avec une grimace de dégoût.
- Des urbams.
- Des quoi ?
- Des urbams. Le résultat du croisement d’un drow avec un gobelin.
- Yerk ! Mais c’est monstrueux !
Sa tante le regarda avec un sourire maigre, puis bougea légèrement les lèvres ; sa prothèse redevint un bras.
- Allez, avançons. Plus tôt nous quitterons cet endroit mieux ça vaudra. Oh, et Lesaonar ?
- Oui ?
- Même si tu t’es mieux débrouillé que ce que j’avais imaginé, le cri de guerre n’était absolument pas nécessaire. Note que je n’ai absolument rien contre un cri déclamant, si je me souviens bien « Wazaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa », seulement tu admettras toi-même que ça manque quelque peu de…enfin bref. Plus de cri de guerre, compris ?
- Euh…d’accord, capitula le jeune Drow non sans une pointe de déception.
Le reste du trajet se fit sans incidents. Faeryl menait son élève à travers les pics de roches dans le silence le plus complet, partant parfois en avant pour s’assurer que le chemin était libre. A son retour, elle trouvait invariablement Lesaonar ses épées en mains, plus tendu qu’une corde d’arc.
Après un ultime croisement, ils arrivèrent devant une gigantesque fosse qui semblait occuper tout le reste de la caverne. Au loin, sur un piton rocheux, se dressait une tour biscornue auréolée de feux féeriques pourpres qui fournissaient une chiche source de lumière, mais néanmoins suffisante pour distinguer le fond de la dépression.
- C’est l’atelier de Chaszmyr, expliqua le maître d’armes. C’est là qu’il mène ses expériences, pour la plus grande gloire de notre Maison…
- Peut-être. Mais ça ne me dit toujours pas ce qu’on fait ici, protesta fermement le jeune drow.
- Tu vas comprendre. Regarde ! lui ordonna sa tante en désignant la fosse.
Il fixa le point qu’elle lui avait désigné, mais rien ne vint. Enervé, il allait dire quelque chose quand un crissement se fit entendre. Tout d’abord de manière presque inaudible, puis de plus en plus fort tandis que cela se rapprochait. Recourir à son infravision ne lui fut guère utile, il n’y avait aucune trace de chaleur corporelle nulle part. Et pourtant, les crissements continuaient de se rapprocher. Puis ce fut assez près.
Un cri d’horreur s’étrangla dans la gorge de Lesaonar : c’était un dridder qui venait d’apparaître, mais à la forme grotesque. Son visage émacié était inexpressif. Plusieurs paires de bras bouffis sortaient du torse décharné et couturé du monstre, et plusieurs de ses pattes étaient trop courtes pour toucher le sol. Et même depuis son promontoire, l’elfe noir pouvait sentir l’odeur de charnier qui l’entourait.
Une pensée s’insinuât peu à peu dans son esprit, tellement horrible que ses paumes en devinrent moites.
Cette chose est morte et pourtant elle bouge quand même.
La créature poussa un cri rauque et tendit une main vers les deux drows. Avant qu’ils n’aient pu bouger un muscle, le sol se mit à trembler sous leurs pieds, de plus en plus fort. Un gigantesque être de pierre émergea du sol, menaçant. Avec un beuglement furieux qui évoquait une avalanche, il chargea.
- Fuis ! hurla Faeryl. Retournes près du bassin ! Je t’y retrouverais !
Pendant que son neveu lui obéissait, elle sortit une arbalète de poing et décocha plusieurs carreaux au monstre. Si cela l’affecta, il n’en montra aucun signe. Avec un juron bien sentit, le maître d’armes transforma de nouveau son bras métallique en lame. Affronter un élémentaire ne lui disait rien de bon, mais elle doutait fort que celui-ci lui laissât une autre alternative.

Tandis que sa tante combattait la créature, Lesaonar courrait à perdre haleine vers son objectif. Ses jambes commençaient à devenir lourdes et ses poumons le brûlaient, mais la perspective d’être seul en territoire hostile lui donnait la volonté de continuer.
Le trajet lui semblait bien plus long qu’à l’aller, et il eu plus d’une fois la crainte de s’être égaré, mais il finit néanmoins par arriver au bassin. Il s’y précipita et s’y désaltéra à grands traits, ne se souciant guère que l’eau puisse être empoisonnée. Après tout, sa tante lui y avait fait boire la tasse et il n’avait ressentit aucun effet néfaste. Une fois qu’il eu étanché sa soif, il s’assit contre un rocher et attendit. Et attendit. Et attendit. Finalement, bercé par le clapotis des gouttes tombant dans le bassin, il se mit à somnoler.
Au bout de ce qui sembla une éternité, un raclement de bottes sur la pierre le tira de sa torpeur. Il ne lui fallut que quelques secondes pour être debout, totalement réveillé et ses armes en main.
- Baisses-moi ces lames avant que je ne te les plante dans le corps, grogna Faeryl.
Elle semblait avoir pris deux siècles d’un coup. Son visage était tiré, ses yeux cernés et son bras de chair pendait lamentablement contre son corps, brisé en deux endroits distincts.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda son neveux sans se soucier de cacher son soulagement. Où est l’élémentaire ?
- Il a disparu pendant que je lui cisaillais un mollet, répondit le maître d’armes d’une voix lasse. Peut-être qu’il est retourné dans son plan. A moins qu’il ne soit retourné attaquer celui qui l’a invoqué. Cela arrive parfois avec les élémentaires, quand ils reçoivent trop de blessures.
A la mention du dridder, Lesaonar sentit une sueur glacée coulait sur son front et sa nuque. Pendant sa fuite, il n’y avait pas pensé, de même pendant son bref repos. Mais maintenant…
- Ma tante, qu’est-ce que c’était que cette créature, dans la fosse ? Ca ressemblait à un dridder, mais…
- Ce n’en était pas vraiment un, non, acheva la drow. Les dridders sont l’œuvre de Lolth. Cette chose-là était l’œuvre d’un elfe noir.
- L’œuvre de Chaszmyr, lâcha le guerrier.
Il se sentait nauséeux et une migraine terrible commençait à lui marteler les tempes, tandis que des souvenirs de sa petite enfance lui revenaient en mémoire : chaque fois qu’il avait fait une bêtise, Rauva l’avait menacé de le livrer au mage…
- Qui était-ce ? demanda-t-il finalement, d’une voix tremblante. Qui était ce dridder, avant ?
Pendant quelques secondes, le regard de Faeryl se perdit dans le vague. Mais elle se ressaisit rapidement avant de s’engager dans le sentier qui les ramènerait jusqu’au niveau de Menzoberranzan.
- Avant…hum…c’était un des mages de la Maison. Ryltar Naerth, si mes souvenirs sont exacts. Un très bon mage, très doué. Trop doué, peut-être.
Elle n’eut pas besoin d’en dire plus.
Ce fut en silence que les elfes noirs regagnèrent leurs pénates.

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"Appelles-moi encore une fois 'ma princesse' et tu vas devoir ramasser tes dents avec tes doigts cassés !"
- Merela Steiner à un camelot krytien un peu trop entreprenant


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